Florie.
La salle était habillée de tes tableaux et de tes fleurs préférées, des tournesols qui se tournent vers le soleil et éclairent les cœurs les plus désespérés.
Et elle était loin d’être assez grande pour accueillir toutes les personnes venues pour toi et ta famille.
Lors du geste d’hommage, même la maîtresse de cérémonie n’avait jamais vu un moment aussi fort.
Un hymne à l’amour, et un coeur à coeur de coeurs déchirés aimant plus fort encore.
♡
Et dans ces cœurs résonnent encore les mots de sa maman Valérie :
« Florie, Coline, ma famille mes amis,
Avec ces quelques mots, je vais tenter de vous raconter une histoire, ton histoire, notre histoire.
Florie, tu es née le 10 mai 2001, après 10 jours de plus dans mon ventre.
Peut-être est-ce pour ça que tu adorais l’eau, à l’aise comme un poisson dans l’eau.
Tu étais une enfant sensible, qui ne voulait pas écraser les fourmis, une enfant particulière qui aimait jouait des heures aux playmobils, en te racontant des histoires incroyables où les dragons et les licornes étaient amis.
Et comme par magie, tu as appris à lire très vite, l’accès aux livres te permettra d’assouvir ta curiosité, ta soif de savoir, sur les animaux, sur l’espace et plus tard, tu aimeras lire de la poésie, me lire de la poésie.
Ta scolarité fut exemplaire, sans avoir besoin d’ouvrir tes cahiers pour réviser.
Tu appris à jouer du piano, très vite, en trois mois, tu avais le niveau d’un enfant qui avait trois ans de piano, nous disait Quirino, ton prof.
Mais, avoir une vie sociale, avec des amis « sociabilisés » comme tu disais, était toujours un questionnement, un doute.
Je suis différente, disais-tu, je crois qu’on ne me comprend pas, que je ne les comprends pas.
Moquée sur ton poids, sur ton intellect, sur tes lunettes,
Tu ne comprenais pas et chaque jour, ça te minait davantage silencieusement…
Jusqu’au jour de ta TS, tentative de suicide, un jour terrible pour des parents qui n’avaient pas encore conscience d’un tel mal-être. Tu avais 15 ans.
Ensuite, ce fut un combat de dix ans, avec de belles rencontres, des amis enfin, son amie Jade et tant d’autres.
Heureusement, pendant ces dix ans, tu as écrit, tu as peint, dessiné, voyagé.
Comme tu étais heureuse, de pouvoir aller chez ta sœur à Paris, de nous raconter, comment Coline était « Maman, elle a de supers potes, tu sais, elle est bien entourée ».
Tu as pu t’exprimer autrement, merci papa de lui avoir donné ce goût pour le dessin et la peinture.
Tu as pu poursuivre des études supérieures et rencontrer de belles personnes, Lylou, Alt et tant d’autres.
La maladie qui rongeait ton cerveau, te donnait de temps en temps des moments de répits, de la joie, des rires, un humour fin et sensible, souvent sarcastique, en écho avec celui de ton père.
Le système hospitalier, l’errance de diagnostic te faisait également ressentir que tu ne pouvais pas être classée dans une case. Je suis bipolaire, je suis autiste, je suis dépressive. Tu ne rentrais pas dans une case encore et à ton grand désespoir. « parce que si on sait, maman, on peut me soigner ».
La seule solution pour calmer un tel mal-être a été des médicaments, plus de médicaments, toujours plus de médicaments.
Ces médicaments t’ont peut-être permis de vivoter, mais également, ils ont tué ta créativité et donc ta pulsion de vie.
Et jusqu’à ta dernière hospitalisation, tu diras « je ne suis pas à ma place ».
Et, malgré tout notre amour, toute notre compréhension, tous nos projets, tu as décidé de mettre fin à tes jours, tu as décidé d’arrêter de souffrir, la douleur était trop envahissante.
Une page du livre se tourne.
Je ne te remercierai jamais assez de m’avoir appris à voir le monde autrement.
Et même avec tout notre amour, on ne peut pas réécrire l’histoire.
Tu vas encore nous apprendre, nous apprendre à vivre, sans toi, mais avec toi, dans nos cœurs, avec tout ton amour, avec tout notre amour.
Merci ».
À vous quatre pour toujours, Valérie, Brice, Coline et Florie
♡
