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Aurore à son petit garçon emporté par le cancer à L’aube de ses 4 ans.
« Mon doux Solal, C’est quoi réussir sa vie ?
Faut il vivre le plus longtemps possible, auquel cas, tu aurais raté la tienne ?
Faut il s’être marié, avoir des enfants en bonne santé, auquel cas j’ai raté la mienne.
Faut il être toujours heureux et ne vivre aucun drame ? Encore raté…
Je lutte contre ce sentiment d’échec, cette croyance implantée très jeune que la réussite est l’absence de souffrance, une vie parfaite comme sur les réseaux sociaux.
Et si je t’avouais que de façon totalement paradoxale, il y a presque une forme de douceur de ne plus être dans la course de celle qui aura la meilleure vie, les meilleures vacances, les enfants les plus parfaits.
Fini cette culpabilité en tant que fille de parents qui ont vécu la guerre et l’exil dans l’enfance, ce lourd héritage qui rendait mes souffrances si illégitimes.
Fini ce poids d’être toujours la plus chanceuse, celle qui n’a jamais de problème, qui doit toujours cacher ses blessures sous peine d’être perçue comme une ingrate.
Désormais je peux réussir ma vie, avec ma profonde douleur, en dehors du cadre imposé.
Je suis hors jeu, je fais partie d’une communauté, les parents endeuillés, pour qui se lever le matin est une immense victoire.
J’ai mené le pire des combats pendant 2 ans, puis j’ai vécu mon pire cauchemar quand tu es mort dans mes bras, je vis désormais amputée d’une partie de mon âme, j’ai des traumatismes à la pelle, je suis épuisée, mon mari et mes enfants aussi.
Je suis debout, je m’écroule parfois, me relève toujours, j’aime la vie, les autres, je m’émerveille devant la beauté du monde, je n’oublie pas ma chance par ailleurs, je tâche de mon mieux de mener une vie pleine de sens, de faire du beau, je pleure beaucoup, je ris encore, je suis triste en permanence, je suis à fleur de peau, vulnérable, m’impatiente pour un rien, manque parfois de concentration, je suis imparfaite, je demande pardon, souvent…
Je me demande si ce n’est pas juste ça réussir sa vie, aimer, faire de son mieux…
Quant à toi mon doux Solal, en à peine 4 ans, tu as généré tant d’amour, de courage, de beauté, de lumière, de solidarité, de tendresse, d’inspiration, je ne peux imaginer vie plus réussie ».
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